Cammarata Laurent

LE DEUIL

Nous savons que la mort fait partie de la vie. Naissance et mort sont les deux évènements clés de la vie d’un être humain et même de tout ce qui est vivant qu’il soit végétal ou animal.

Nous savons aussi que nous sommes voués à mourir. Mais pourtant cette dernière étape de la vie ne se fait pas simplement, nous en avons parfois une conscience intellectuelle mais plus difficilement une conscience émotionnelle.

Au fil du temps nous avons éloigné de nous tout ce qui représente la mort, par exemple les cercueils ont du mal à passer dans les couloirs des nouveaux immeubles, dans les collèges et lycées on parlera facilement de sexualité mais surtout pas de la mort. Une autre façon d’occulter la mort c’est de tenter d’effacer les marques du temps comme les rides témoins du vieillissement qui précède la mort
Ce qui a changé également au cours des siècles, c’est notre capacité à exprimer nos ressentis face à celui qui meurt. Au Moyen Âge même le plus valeureux des guerriers s’effondrait de douleur devant le corps agonisant de son parent ou ami. Actuellement une peine trop visible gène l’entourage et est parfois interprétée comme une mauvaise éducation ou apparenté à l’hystérie. Même dans l’intimité du cercle familial on hésite à se laisser aller, avec l’excuse de protéger les enfants.

Cette perte nous amène alors à vivre un « deuil » à travers différentes phases telles que le choc, le déni, la colère, la tristesse, l’acceptation intellectuelle et le marchandage
La perte n’est pas vraiment dans la personne ou l’objet perdu, mais dans ce qu’ils représentent pour nous, dans nos liens, notre relation avec eux, dans nos capacités à intégrer la perte.

Le travail de deuil permet de canaliser la douleur en l’inscrivant dans quelque chose de cohérent et qui a du sens.

Ce travail est la garantie que nous ne perdrons pas à nouveau la personne que nous aimons. Nous créons en effet des conditions pour l’accueillir définitivement en nous, en ce lieu intérieur que plus rien ne pourra remettre en question, par delà les années. Elle sera là avec nous et à tout jamais. Le mot « deuil » fait peur car on l’assimile de façon erronée à l’oubli de la personne aimée.
Ne pas faire le deuil c’est rester en contact uniquement avec la souffrance qui est alors un obstacle entre la personne décédée et celui qui reste. Il est un processus de cicatrisation, un processus naturel qui tend vers la guérison psychique.

Il n’y a pas de deuil type, il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon. Deux deuils ne sont jamais comparables. Personne ne « fonctionne » de la même façon et en fonction du vécu de chacun, de sa culture, de sa personnalité et surtout aussi du degré d’attachement avec le défunt nous réagissons différemment. Chaque ressenti est unique, d’où l’importance d’être tolérant envers l’endeuillé qui ne réagit pas comme nous.
Il n’existe pas de deuil sans douleur. Le deuil est douleur. La souffrance du deuil est le signe de l’attachement de la personne pour le défunt. Elle témoigne ainsi de la présence intérieure de celui qui est mort et dont il a été si difficile de se séparer.

Faire le deuil ce n’est pas oublier mais s’éloigner de la douleur de l’évènement. C’est un processus d’adaptation à la perte.

Laurent Cammarata, est infirmier en psychiatrie. Il a travaillé 30 ans dans les hôpitaux et cliniques psychiatriques. C’est en cours de carrière qu’il s’est formé à la psychothérapie.
Actuellement formateur en relations humaines auprès de soignants avec un sujet qui lui tient à cœur l’accompagnement de fin de vie. Il accompagne aussi en cabinet les personnes qui vivent des deuils difficiles.

Vous pouvez le joindre sur son mail personnel : lcammarata34@gmail.com

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